éditions de la dernière chance

Bonjour, bonjour j’étais super impatiente de vous présenter l’article du jour. Une nouveauté et un objectif à long terme pour le blog, vous faire découvrir des personnes grâce à un échange que je peux avoir avec eux.

Pour cette première interview je vous présente Delphine Bucher une artiste avec beaucoup de talents.
J’ai découvert son travail grâce à un ami commun, qui m’a largement recommandé de lire Vandura Hotel. Et depuis je suis une fan inconditionnelle de son travail.

Après beaucoup d’hésitation, j’ai enfin sauté le pas pour la contacter, c’est avec gentillesse que Delphine m’a accordé du temps pour répondre à mes questions.

Afin de ne pas trop en dévoiler, je vous laisse.
Place à notre échange !


  • Pouvez vous vous  présenter en quelques mots et nous dire ce que vous faites aujourd’hui ?

Bonjour Amandine ! Je m’appelle Delphine Bucher, je suis artiste graveuse, autrice et fanzineuse et je suis la fondatrice des éditions de la dernière chance. Je vis et travaille en Franche-Comté, d’où je suis originaire, après plusieurs années passées à Lyon.
Je consacre la majeure partie de mon temps à faire des croquis, graver du lino, écrire et animer des ateliers de pratique artistique.  

  • Quel a été le déclic pour vous lancer dans la création de votre activité ?

Je n’ai jamais vraiment choisi de lancer mon activité, cela s’est fait de façon progressive. J’ai commencé à avoir envie de créer des choses en 2016, après une grosse année à voyager en Amérique du Nord. Un ami m’a prêté du matériel de linogravure, et depuis je n’ai jamais arrêté ! Petit à projet les projets se sont enchaînés, j’ai participé à des salons de micro-édition, des fanzines collaboratifs… Pas réellement de déclic, plutôt un lancement très doux !

  • Pour les personnes qui ne connaissent pas, pourriez vous nous décrire en quelques mots la linogravure ? 

Bien sûr ! Il s’agit d’une technique d’impression artisanale, qui consiste à creuser, à l’aide d’une gouge (un outil aiguisé) un visuel sur une plaque de linoléum. Une fois le travail de gravure effectué, j’encre le lino à l’aide d’un rouleau. L’encre (très collante) se dépose uniquement sur les parties en relief, les parties creusées seront donc blanches. On travaille en négatif et en effet miroir. Je dépose ma feuille de papier, et, à l’aide du dos d’une cuillère en bois, je presse pour transférer l’encre et révéler mon motif… Et voilà ! Je peux ainsi faire plusieurs tirages en recommençant l’opération. 

  • Dans votre activité nous retrouvons différents domaines, est ce qu’il y en a un qui prend plus de places que les autres ? 

Oui, clairement, la gravure, qui prend énormément de temps, je passe souvent plusieurs heures sur une plaque. Tout comme l’impression manuelle, une étape lente et avec souvent pas mal de ratés. Après, je suis en période de bouclage d’un fanzine, je peux devenir obsessionnelle et passer des heures à écrire, relire, corriger… tout dépend du projet dans lequel j’ai foncé tête baissée. 

  • J’ai lu Vandura Hotel et  The Last Best Place (note : je me suis permise de corriger le titre 😉Quel est votre plus beau souvenir / votre plus belle expérience lors de ces road trip ? 

Dur de n’en choisir qu’un ! Pour Vandura Hotel, rouler, sans téléphone, sans carte, avec plusieurs mois de liberté dans le viseur : je donnerai cher pour recommencer ! Ce que je retiens le plus, ça reste ces routes incroyables, des paysages à couper le souffle, au fin fond de l’Alaska, coupés du monde.
Pour The last Best place, je voyageais avec ma sœur, ce qui me vient spontanément ce sont ces moments passés avec elle à galérer, avoir des fou rires, se retrouver dans des plans foireux ou des motels miteux. Plein de choses qui, sur place, étaient compliquées à gérer et dont on rigole encore maintenant. 

Pour tous ces voyages, que ce soit en Laponie, au Sénégal, en Australie ou ailleurs, j’ai plein de bons souvenirs, mais aussi plein de moins bons (voire de mauvais !) souvenirs, je ne vais pas idéaliser la vanlife ni le voyage en général. C’est aussi pour cela que j’écris quotidiennement sur la route, pour que les traces restent intactes : on a souvent tendance à embellir la réalité au retour.  

  • Pouvez vous nous définir le terme Fanzine et ceux qui sont disponibles dans votre boutique (pour les personnes qui ne connaissent pas) ? 

Le mot “fanzine” vient de la contraction de “fan” et de “magazine”, c’est une publication DIY, indépendante et hors des circuits traditionnels de l’édition. Ils sont souvent faits de façon artisanale, en petite quantité. En gros, absolument tout le monde peut s’y mettre, il suffit d’avoir une idée, une passion, l’envie de partager ! Que ce soit de la cuisine, de l’illustration, de la gravure, de la BD, des collages, de la photo, etc… 

J’ai ai publié une petite quinzaine : 

Après nous le déluge : Une série de mini‑zines qui explore des expressions et locutions de la langue française. Chaque numéro propose un regard graphique sur les tournures de langue, croisant textes et dessins, sur : #1 La mort / #2 La folie / #3 Le corps humain / #4 L’alcool / #5 Le sexe 

Vandura Hotel : Carnet de voyage qui raconte deux mois sur la route en direction du Grand Nord à travers l’Alaska, le Yukon et la Colombie Britannique. 

Zinobium Pertinax : textes de lecteur·ices et illustrateur·ices centrés sur le rapport à la lecture et aux livres. Plutôt que de proposer des chroniques, ce zine explore les obsessions, petites lubies et parcours personnels autour de la lecture.

The Last Best Place : road‑trip littéraire dans le Nord‑Ouest américain. 

Aujourd’hui Nuit : voyage au Sénégal revisitée à deux voix, co-écrit avec Camille Bucher. 

142 My Lady’s Road : retour à Belfast, mémoire et paysages, Récit de voyage et d’exploration personnelle, cette publication revient sur une virée nostalgique à Belfast.

Scottish Carnage : aventure solo désastreuse en Ecosse

  • Est ce que la partie « Editions » est ouverte à d’autres personnes ou se sont seulement vos créations personnelles qui y sont éditées ?

J’ai créé les éditions de la dernière chance plutôt pour mes projets d’auto-édition, avec mes propres fanzines. Je ne me sens pas les épaules pour porter d’autres projets, et je manque aussi clairement de temps pour m’y mettre. 

  •  Nous avons tous des choses que nous préférons, et d’autres moins dans notre travail, pour vous :  Qu’est-ce que vous appréciez le plus dans ce que vous faites ? – Qu’est-ce qui est le plus difficile ou sous-estimé ?

Je n’ai pas d’horaires, je peux travailler selon mon propre rythme et je n’ai pas de patron.ne sur le dos… Je bouge souvent à droite à gauche et je rencontre du monde, pas question de routine !
Évidemment en contrepartie il y a des points plus compliqués. La discipline de bosser quand parfois l’envie ou l’inspiration ne sont pas forcément au rendez-vous. Travailler seule, au quotidien, ce n’est pas toujours le plus motivant… et, comme beaucoup d’artistes, la précarité, les projets “payés en visibilité”, les budgets de plus en plus serrés de tous les côtés…
Bref, j’ai la chance de pouvoir vivre de mon activité mais je ne compte pas mes heures, ni l’investissement personnel !

  Comment trouvez vous l’inspiration dans votre travail ?

Je me nourris beaucoup des voyages que j’essaye de faire régulièrement, et des rencontres faites. J’aime beaucoup essayer de nouvelles pratiques, qui viennent nourrir mes activités, comme l’aquarelle ou le pastel (et ce même si je ne suis vraiment pas douée avec la couleur !). Je lis énormément de littérature américaine et des grands espaces, je raffole pas mal des documentaires sur les mêmes sujets et je regarde aussi beaucoup de films des années 50 à 80… J’ai un tempérament passionné donc je passe vite d’une lubie à une autre !

  • Dans ce monde ultra connecté : Que faites vous pour déconnecter ? / Comment gérez vous les périodes de stress ou de doute ?

J’essaye de ne pas trop m’attarder sur instagram pour ne pas rester piégée dans le cercle vicieux : se comparer / ne plus faire / angoisser. J’ai aussi mis une application pour limiter le temps en ligne, et quand je grave je lance un podcast ou une playlist et je garde mon téléphone loin de moi.
J’ai pas mal de période de questionnement, à parfois me demander pourquoi je fais tout cela, il y a forcément des mois plus compliqués que d’autres et je traverse (souvent) des périodes de doute. Il m’arrive de me demander si un job alimentaire, avec un salaire qui tombe à la fin du mois, un 35h et du temps libre ne serait pas une bonne chose… avant de repartir animer un atelier à l’autre bout de la France et me dire : ha, non, en fait j’ai de la chance. Mais je pense qu’on est beaucoup d’artistes dans le même cas. 

  • Quel(s) conseil(s) donneriez vous à quelqu’un qui débute ?

Ne pas réfléchir et se lancer ! Les erreurs font partie du jeu, on apprend, on essaye et on recommence ! Je dirais qu’il faut prendre les étapes les unes à la suite des autres, un pas après l’autre. Avec Internet, on peut trouver de l’aide sur pas mal de sujets, de tutoriels pour la reliure, la mise en page, la gravure… ne pas hésiter à contacter des gens (le côté positif d’instagram !) pour demander des conseils également !

  •  Quels sont vos projets ou objectifs pour la suite ?

Continuer la gravure, sortir un nouveau carnet de route, et préparer un nouveau gros voyage ! (enfin, déjà, c’est surtout d’économiser un peu pour tout ça…)

  •  Où peut-on vous suivre ou découvrir votre travail ?

Je poste principalement sur instagram (@dernierechanceeditions) et aussi sur mon site web (que j’ai du mal à garder à jour). J’anime régulièrement des ateliers à l’Herbier Boutique à Danjoutin, et en ce moment j’ai des choses en vente à l’Herbier justement et au Chat Borgne à Belfort.
J’expose aussi à Belfort, à la Bibliothèque Universitaire jusqu’au 4 juillet 2026. 

Pour finir, merci à toi pour ces questions et l’intérêt que tu portes à mon travail !


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